2. Le chiffre d'affaire de l'édition française

Les résultats selon le SNE Le marché du livre selon l'INSEE le CA des éditeurs selon Livres Hebdo


 

 


Près de 1200 éditeurs sont recensés dans le supplément de Livres Hebdo, Guide 200. Edition et diffusion francophones, dont environ 170 belges, canadiens et suisses.
Mais l'enquête statistique annuelle menée par le Syndicat national de l'édition (SNE) sur la base du chiffre d'affaires réalisé n'en a retenu, sur la base de leur chiffre d’affaires, que 295 pour les résultats annuels de l’édition (chiffres de l'année 2007 – selon les années il varie entre 275 et 310 environ), ce qui signifie que nombre d’éditeurs ont une activité d’un poids économique marginal. En effet, le Guide édition et diffusion francophones publié par Livres Hebdo qui, il est vrai, élargit le champ de recensement à la francophonie en compte environ 800, et enfin le répertoire Editeurs et diffuseurs de langue française (Éditions du Cercle de la Librairie) en recense plus de 3 500.

Enfin, les données économiques sur l’édition et le livre peuvent être construits de nombreuses façons :
On peut prendre en compte le chiffre d’affaire des éditeurs réalisés en France sur le prix de cession de base des livre, c’est-à-dire la part qui revient strictement à l’éditeur, hors l’ensemble des pourcentages liés à la commercialisation (distributeur, diffuseur et point de vente), et les cessions de droit à l’étranger (les statistiques du SNE)
Mais on peut aussi chercher à connaître le marché du livre en France, calculé selon le prix de vente réel des ouvrages, après donc vente en librairie et dans les autres canaux de diffusion,
Et enfin on peut calculer les résultats des sociétés et groupes d’édition représentés en France, en y incluant ceux de leur filiales à l’étranger pour les éditeurs dont le siège social est en France et en y englobant également les résultats de leurs filiales de distribution ou diffusion s’ils en possèdent (les classements annuels des éditeurs de la revue Livres Hebdo).




Les statistiques annuelles des résultats des maisons d'édition

Source SNE : en 2011, 305 éditeurs avec un CA global de 2,8 milliards d'euros

Les résultats selon le Syndicat national de l’édition

Il y a plusieurs manières de considérer les résultats économiques de l’édition. On peut en effet considérer le seul chiffre d’affaire des maisons d’édition ou, de manière plus large, considérer le chiffre d’affaire du secteur livre, en incluant donc les résultats des point de vente du livre. Nous nous en tiendrons, ici aux résultats des maisons d’édition, mais même en ce domaine il existe plusieurs types de données.

Les premières sont les statistiques annuelles du Syndicat national de l’Édition (SNE) qui prend en considération le chiffre d’affaire des éditeurs, résultant de la stricte activité éditoriale (donc le prix de cession éditeur, c’est-à-dire la part du prix de vente des ouvrages qui revient strictement à l’éditeur, avant le circuit de commercialisation, distributeur, diffuseur, et librairie). Le SNE travaille sur l’échantillon des 3.000 éditeurs principaux, dont 1.000 ont une activité régulière mais dont seulement 400 ont une activité significative. Au total, les statistiques du SNE en ont retenu 295 en 2007, 267 en 2008, 305 en 2010, etc.

Ces résultats sont relativement faibles : le chiffre d'affaires purement édition (hors filiales de diffusion et de distribution) des 295 éditeurs recensés en 2007 représenterait, selon l’enquête du SNE, 2,9 milliards d’euros (soit une hausse de 3,5 % par rapport à 2006, alors que la croissance française n’a été que de 1,9) et aurait connu une baisse en 2008 : les 267 maisons ne réalisant qu’un CA de 2,8 milliard d’euros. Depuis, il stagnerait puisqu’en 2009 et en 2011, il serait à nouveau de 2,8 milliards d’euros pour 305 éditeurs.

Les autres données de base de cette enquête montrent que :

dans leur très grande majorité, ces éditeurs sont installés en région parisienne, les autres régions actives étant Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte-d'Azur,
que ces maisons ou groupes recensées emploient un total d’un peu moins 10 000 salariés,
le nombre de titres édités serait de 79.308 en 2010 se répartissant pour moitié entre nouveautés et nouvelles éditions et réimpressions (mais Électre Biblio recensait 63.052 nouveautés et nouvelles éditions pour 2010 ! ce qui offre un bon aperçu des divergences d’échantillon de ces statistiques) ce qui représenterait, par rapport à l’année précédente, une petite  augmentation de 1% dans la production éditoriale
que le nombre des exemplaires vendus serait en baisse et d’environ 452 millions d’exemplaires pour environ 632 millions d’exemplaires produits en 2010 (465 millions en 2008 pour 711 millions d’exemplaires produits en 2008)
que l’édition numérique demeure marginale : 36,9 millions de CA en 2007, et 49 millions en 2009 (dont 13 millions en téléchargement, les autres étant sur des supports physiques – textes lus sur CD ou DVD principalement) et sensiblement pareil en 2010 avec un CA de 52,9 millions dont 17,9 en téléchargement (soit 0,7 % du CA de l’édition). Néanmoins 2011 semble marquer un tournant car les revenus de l’édition numérique (en ligne et sur support physique) sont une nouvelle fois en hausse de 52,9 à 56,8 millions d’euros (+7 %) mais surtout parce qu’on y assiste à la substitution du numérique sur support physique (Cd/DVD, clé USB) par le numérique en ligne (téléchargement, streaming). Ainsi, le livre numérique sur support physique, en recul à 21,5 millions d’euros (- 38,5 %), est dépassé pour la première fois par le livre numérique en ligne, qui double ses ventes à 34,8 millions d’euros (+98%), représentant 1,2% du chiffre d’affaires de l’édition en 2011.

Et que les contrastes sont importants entre les catégories éditoriales.

Ce qu’on peut constater avec ces chiffres, c’est que de plus en plus de titres mis sur le marché pour des tirages de plus en plus faibles   

Ces données sont donc ambiguës : après quelques années de stagnation le marché de l’édition avait fortement repris et cette croissance s’est au final confirmée entre 2002 et 2007. Seule ombre persistante au tableau : le tirage moyen demeure très faible. Il varie fortement selon les années, suivant qu’il existe de nombreux ou non best-sellers, mais s’il était encore de 10.053 exemplaires en 1990, il n’est plus depuis qu’autour de 8.200 les bonnes années. En revanche, il n’est que de 7.587 exemplaires en 2005 et de 7.937 en 2010. Les remontées de certaines années, 2001 (8.158 exemplaires) et 2002 (8 276 exemplaires), et enfin 2006 (8.151) ne se maintiennent jamais sur le long terme ; elles correspondent juste à la percée de quelques best-sellers… ce qui veut dire que, en général, le CA de l’édition doit se réaliser sur un nombre de titres de plus en plus grands, mais dont chacun, en moyenne, se vend moins.

Enfin, 17,6 % des livres vendus en 2010 le sont en librairie alors que 22,3 % le sont par de grandes surfaces spécialisées (type Fnac ou Virgin) ou des chaînes de librairies et 19,1 % par les grandes surfaces (hypermarchés), ce qui démontre l’essor considérable de ces deux derniers types de canaux de commercialisation du livre, au détriment de la librairie indépendante. Parallèlement, 13,2 % des ventes de livres sont effectuées par le biais des clubs de livres, modèle qui s’épuise et a fortement baissé depuis quelques années. Enfin, la vente par Internet est en pleine croissance et représente déjà 13,1 % des ventes.

Il faut cependant noter que ces données sont théoriques et partiales.



le premier marché de biens culturels

Le marché du livre selon l’Insee

Si on prend les marché du livre valorisé aux prix réels, c’est-à-dire aux prix facturés par les détaillants aux consommateurs, autrement dit, si on prend en considération les achats que les Français ont consacrés aux livres et qu’on y ajouter les exportations, le marché du livre demeure le premier marché de biens culturels.

Pour 2007, par exemple, ce marché du livre est estimé à près de 5 milliards d’euros dont 4,1 milliards pour le seul marché français. En 2010, ce CA n’aurait guère varié et serait, pour le marché français de 4,2 milliards. A titre de comparaison, en 2010 et hors exportations, le marché de la musique enregistrée (ventes de CD et de DVD, téléchargement, streaming...) était établi à 617,2 millions d'euros et celui du DVD et de la VOD à 1 364  millions d'euros.


 



CA réel des éditeurs incluant l'ensemble des filiales

Les résultats des chiffres d’affaire des éditeurs selon les classements de la revue Livres Hebdo

Si on prend cette fois le CA réel des éditeurs, c’est à dire si on y intègre véritablement l’ensemble de leurs filiales – filiales étrangères comprises dans leur CA consolidé, en particulier celles de leurs activités de distribution-diffusion (qu’on peut d’ailleurs retrouver dans les comptes financiers de chacune des entreprises considérées), on obtient un second chiffre, beaucoup plus élevé mais cette fois révélateur de leur réelle puissance. La méthodologie appliquée pour cette enquête mêle questionnaires, interrogations de bases de données juridiques et financières, rapports annuels et greffes des tribunaux de commerce. C’est l’enquête la plus fiable dont on puisse disposer.

Le chiffre donné par cette méthode, pour les seuls 218 premiers éditeurs français qui réalisent en 2011 un CA supérieur à 1 million d’euros (correspondant, du fait de la concentration éditoriale, à 136 groupes ou éditeurs différents) s’élève au total à 6,8 milliards d’euros. Ces données sont en légère régression par rapport à 2010 où 226 sociétés (correspondant à 150 entités juridiques) affichaient un CA supérieur à 1 million d’euros, pour un total de 7,03 milliards d’euros. Elles témoignent des difficultés actuelles du marché du livre, bien qu’une comparaison plus fine, société par société, révèle une égalité entre le nombre des entreprises dont l’activité a été à la hausse et celles dont l’activité a baissé.

Pour comparaison, en  2006, le magazine Livres Hebdo donnait déjà un résultat de 6,8 milliards d’euros de CA en France et à l’étranger pour les 230 premiers éditeurs français qui avaient un CA supérieur à 1 million d’euros (correspondant à 161 entités différentes).

Ce CA général, même s’il semble important, n’a rien d’exceptionnel : pour prendre un point de comparaison, le CA de la société Pernod-Ricard, numéro deux mondial des spiritueux il est vrai, a atteint un CA de 7,6 milliards d’euros pour l’exercice 2010-2011 (juillet 2010 – juin 2011). Avec une rentabilité sans commune mesure avec celle de l’édition : son résultat opérationnel était de 1,9 milliards et son bénéfice net de 978 millions d’euros.

 


Sne


www.sne.fr/



insee


www.insee.fr/




www.livreshebdo.fr/

 

 

[Suite : la concentration éditoriale]